dépêcheuroafrik

08 mars 2011

source le journal le soir de Belgique

L'offensive du lingala en Afrique centrale

Mardi 17 août 1999

L'Afrique est en proie à de nombreuses situations menaçantes: guerres, chômage, problèmes de santé. Sur le plan culturel, il y a, entre autres, la décadence de langues africaines. Bien sûr, à propos des crises politiques et économiques, les institutions tant africaines que mondiales rivalisent d'initiatives afin d'y trouver des solutions; par contre, rien n'est fait, à notre connaissance, pour la revalorisation des principales langues africaines.

Ce désintéressement porte un préjudice à l'essor de nos langues. Or, nous savons que la langue est l'âme de toute culture. Elle joue un rôle de premier plan dans la maîtrise et la communication des connaissances sans lesquelles aucune société aujourd'hui ne peut prétendre à un développement harmonieux. Raison pour laquelle les communautés, en Occident, par exemple, investissent énormément pour la promotion et l'enrichissement de leurs langues par la création des académies et par d'autres initiatives.

Par ailleurs, en dépit de ce constat déplorable, il est une langue qui évolue tant bien que mal et gagne du terrain. Il s'agit du lingala. En prêtant l'oreille du côté de l'Afrique, on entend beaucoup de gens parler le lingala, un peu plus qu'avant. Cette langue est en train de connaître une grande extension géographique. Surtout en Afrique centrale.

Historiquement, le lingala est une langue du Congo-Kinshasa. De façon générale, on l'attribue aux gens de Makanza (les Libinza). Ce qui n'est pas encore prouvé scientifiquement. Doit-on, à ce sujet, oublier que les Libinza ont leur parler, qui diffère quand même du lingala? Dire également que le lingala est la langue des Bangla ne correspond à aucune réalité: au Congo, il n'existe pas d'ethnie Ngala. Le terme bangala pour un Katangais, à titre d'illustration, désigne vaguement toutes les populations vivant au nord du pays, voire au centre (les Ikela de Lomela) ou à l'ouest (les Basakata ou les Baloho).

En effet, à Kinshasa, les six millions d'habitants parlent le lingala. Une certaine opinion faisait croire que le swahili, avec l'arrivée au pouvoir des gens de l'est, allait détrôner le lingala dans la capitale. Malgré tout, cela ne s'est pas réalisé. Le lingala est encore la langue de l'armée. La popularité du lingala est telle que même les Kadogo (les petits soldats) ont appris à parler le lingala. Pour s'en convaincre, rappelons la grande indignation suscitée par la non-inscription de lingala sur la monnaie congolaise. De plus en plus, les nouvelles autorités en quête d'estime préfèrent s'adresser aux populations en lingala. Pareillement du côté de la rébellion. A Goma, fief du swahili, on a vu, en l'occurrence, Ondekane, commandant des forces rebelles, haranguer les foules dans cette langue. Ainsi, à l'est du Congo, le temps où le lingala était perçu comme une langue «barbare» ou «impolie» semble révolu.

 

La conquête de l'Angola

 

Au Congo-Brazzaville, le deuxième- pays lingalophone, le lingala est majoritairement parlé dans la capitale et dans les régions du Nord, il est la langue nationale.

Ce qui est étonnant dans cette percée, c'est la conquête de l'Angola. Depuis plus d'une décennie, le lingala est pratiqué dans ce pays lusophone, plus précisément à Luanda. Le lingala est arrivé là, grâce au retour des réfugiés angolais ayant vécu au Congo-Kinshasa pendant la colonisation portugaise. Ces revenants sont appelés les «regressado». Même leurs enfants qui naissent en Angola savent le lingala.

Avant les années 1990, le commerce privé était interdit en Angola. C'était le socialisme. Et les Angolais s'approvisionnaient dans les magasins de l'Etat. Mais, la guerre se prolongeant, les dépôts connaissaient déjà des pénuries et les prix avaient flambé. Profitant de la crise, les Angolais venus du Zaire avaient créé des réseaux de commerce parallèle et initié la débrouillardise à la kinoise. Donc, le système D. Des marchés dans les quartiers s'installèrent. C'est pourquoi il y a, à Luanda, le marché «libulu», une réplique du marché «libulu» situé dans la commune de Barumbu, à Kinshasa. Conséquemment, les Angolais qui fréquentaient ces marchés étaient plus ou moins obligés de s'entretenir avec les commerçants en lingala.

Par ailleurs, depuis les récents événements survenus dans les pays des Grands Lacs, il n'est plus rare comme avant de rencontrer des locuteurs du lingala non originaires du Congo, dans les rues de Kigali, de Kampala ou de Bujumbura.

Mêmement, ces dernières années, en Centrafrique, l'influence du lingala se confirme. La présence des ressortissants de la région de l'Equateur qui ont fuit la guerre et des anciens soldats congolais y est pour quelque chose.

A ce rythme d'expansion, le lingala est en passe d'être la première langue véhiculaire en Afrique centrale. Qu'est-ce qui peut, alors, justifier cette formidable avancée? A mon avis, on peut énumérer plusieurs raisons. D'abord, le grand succès que rencontre la musique des deux Congo en Afrique. Wendo, Kallé, Franco, Pépé Kallé, ont chanté la rumba congolaise en lingala. Aujourd'hui, les disques des artistes musiciens congolais comme Rochereau, Papa Wemba, Youlou Mabiala, Koffi Olomide, Loketo, Lokwa Kanza, Tshiala Mwana... dominent les hit-parades diffusés sur RFI, La voix de l'Amérique, Africa numéro un et sur les stations nationales du continent.

Deuxièmement, le fait que le lingala, à proprement parler, n'appartient à aucune ethnie, constitue un atout. Dans cette partie de l'Afrique, où l'on note de plus en plus l'exaltation de l'ethnie, cela donne un avantage au lingala. Souvent, lors des conflits à caractère ethnique, les gens recourent au lingala afin de cacher leurs origines.

Enfin, la grande facilité du lingala à faire siens des mots issus d'autres langues. Exemple: «moyen te» (ce n'est pas possible), «kolauka» (se fâcher en kikongo).

En dehors de l'Afrique, le même phénomène est observé: en Belgique, en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, les ressortissants de l'Afrique centrale préfèrent le lingala à leurs langues maternelles. D'où souvent la difficulté de distinguer un Angolais d'un Congolais (Brazzaville) ou un Centrafricain d'un ex-Zaïrois. Tout le monde ou presque dit: «mbote» (bonjour), «matanga» (deuil). A ce sujet, beaucoup d'Africains qui ne parlaient pas le lingala l'ont appris à l'étranger. En outre, la floraison de nouveaux mots lingala en Europe est un fait remarquable. Signalons ceux qui sont les plus connus: «Mundibu» (Arabe), «Mvunzi» (Asiatique), «kotindika» (expulsion), «kobuaka» (demander l'asile), «mongonjo» (une grande bouteille de bière), «lubuaku» ou «wele» (prison), «pimbo» ou «lititi» (drogue),...

 

Linguiste, où es-tu?

 

Somme toute, la propagation du lingala est due essentiellement à l'émigration des lingalophones. Elle n'est nullement la résultante d'une action concertée. Disons que c'est au contact avec des émigrés que les populations autochtones adoptent le lingala. C'est pourquoi il n'y a pas lieu de parler de progrès. Dans ces conditions, une langue pourrait plus perdre que gagner. D'ailleurs, l'apprentissage du lingala ne figure pas dans les programmes d'enseignement dans ces pays. C'est autant dire pour la plupart des langues africaines. A présent, le swahili, de son côté, perd du terrain face à l'anglais. D'où la question: linguiste africain, où es-tu?

Nous espérons que des chercheurs africains continueront la réflexion. Cet état de décadence mérite d'être au centre des préoccupations des dirigeants et des institutions qui veulent sauver les langues d'Afrique.

 

 

 

JEAN BOOLE

 

Journaliste indépendant

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Développement

Les pays en développement face à la crise
Bientôt un plan de soutien de l’Union européenne

De notre correspondant auprès de l’Union européenne, Jean Boole Ekumbaki
La crise actuelle a bouleversé la vie internationale dans de nombreux domaines. Ainsi, les rapports  nord-sud, en matière de coopération au développement, ne seront plus  comme avant. A propos de ces rapports, des experts pensent qu’ils pourraient être durement affectés par la frilosité qui caractérise le comportement des pays donateurs du fait de la crise.  Pour sortir de celle-ci, on voit les pays de l’Union européenne adopter des politiques économiques d’austérité et accorder la priorité aux plans de relance de leurs économies respectives. 
Le mois dernier, au niveau européen, le sommet des chefs d’Etat et de gouvernements a prévu 5 milliards d’euros pour venir en aide aux trois secteurs : énergie, Internet haut débit et environnement.
Par ailleurs, conscients que nous vivons dans un monde de plus en plus interdépendant et que c’est par la solidarité internationale  également que le monde peut juguler cette crise, les dirigeants européens ont, récemment, consenti une aide de 27 milliards d’euros dans le cadre de l’accord UE-ACP. Cette somme était destinée au financement par ces pays de certains programmes de leur développement.
C’est dans le cadre de la poursuite de cet élan de solidarité que l’Union européenne a concocté un plan ambitieux de soutien aux pays en développement face à la crise économique et financière. Ce plan fera partie de l’ensemble des mesures que l’Union européenne a prises afin de lutter contre la crise.
C’est M. Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, qui rendra public ce plan, le 8 avril prochain, à Bruxelles. Cette annonce interviendra, une semaine après le sommet du G20 de Londres, car les Européens auront déjà convaincu d’autres partenaires de la nécessité de ne pas laisser les pays en développement au bord de la route. En plus, pour la Commission européenne, il n’est pas question que les pays en développement payent le prix d’une crise provoquée par les pays développés.
A cet effet, un communiqué de la Commission européenne souligne ceci : ‘une action coordonnée au niveau européen pourra démultiplier les effets positifs de ce plan qui bénéficiera aux pays en développement mais aussi à l’économie mondiale dans son ensemble. Investir dans le développement constitue en effet une partie de la réponse à la crise économique et financière actuelle’.
De leur côté, des Ong occidentales d’aide au développement, tenant compte du nouveau contexte créé par cette crise, se penchent sur les nouveaux défis de la coopération. C’est ce qui ressort des assises de la coopération au développement tenues, à Bruxelles, il y a quelques jour par le CNCD-11.11. 11 (Centre national de coopération au développement). C’est ainsi que lors de ces assises, les Ong belges ont insisté sur le renforcement des capacités des partenaires du Sud; identifiés comme acteurs de développement et de changement. En outre, il faut concourir à l’indépendance des partenaires toujours du sud. En d’autres termes, cela implique la garantie de la transparence réciproque,  la création d’espace de concertation, le droit de regard réciproque sur les processus de développement mis en place.
Par ces temps difficiles, de surcroît, un plan ambitieux soit-il qui ne respecterait pas ce point de vue, est susceptible d’avoir peu d’effets positifs sur l’aide au développement.

Boole Ekumbaki


Janvier 2009 : 26,3 milliards de déficit du commerce extérieur de l’union européenne avec le reste du monde

Pour l’Europe en crise, les nouvelles  ne sont pas toujours rassurantes. Le déficit du commerce extérieur est de 26,3 milliards d’euros dans ce que l’on appelle zone UE27 ( tous les États membres. Par contre, pour la zone euro ( ZE15, c’est-à-dire, les 15 États membres jusqu’au 31 décembre 2008 et la Slovénie, le 1er janvier2009, le déficit est 10,5 milliards d’euros. C’est la première estimation que vient de faire Eurostat (Office européen statistique des communautés européennes).
C’est dans le domaine de l’énergie que le déficit a plus augmenté (-363, 3 milliards d’euros). Par contre, on observe un accroissement de155,2 milliards pour les machines et les véhicules.
Par rapport aux USA, l’excédent commercial a diminué et le déficit commercial de l’UE 27 s’est accru avec la Chine. .C’est Allemagne suivie des Pays-Bas qui a affiché le plus fort excédent pour le commerce total des États membres.

 

L’Union européenne veut former 600.000 chercheurs

Plus de chercheurs en Europe, voilà l’ambition affichée par le vieux continent. En effet, d’ici à 2010, l’Européen s’est donné comme objectif de former 600 000 chercheurs car le développement et le progrès dépendent du niveau de la formation scientifique. Pour atteindre cet objectif, les États membres ont décidé de consacrer 3% de leur budget à la recherche et la formation. En plus, les États membres doivent envisager d’introduire  la portabilité des subventions  accordées aux chercheurs. Ce qui permettrait  aux chercheurs  de mener leurs recherches  dans des Etats  membres  si les infrastructures ne sont pas disponibles dans leurs pays d’origine. Il y aura aussi des chèques recherche. On fera promouvoir la mobilité des chercheurs et les échanges entre scientifiques en Europe.

 

 

 

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ELECTIONS EN BELGIQUE 2010

Pona ya Jean: un Kinois sur les listes du VLD

 

« Pona ya Annemie », proclame sur ses affiches Jean Boole Ekumbaki, tandis que de son côté Annemie Neyts suggère « Stem voor Jan ». Le premier candidat issu de la communauté congolaise à figurer à Bruxelles sur une liste du VLD n’est peut-être que 12eme suppléant, mais il croit en ses chances : « je ne sollicite pas le vote ethnique, comme ces leaders (Leterme, Milquet) qui vont faire campagne à Matonge. Ce que je veux, c’est être un pont entre la communauté flamande et les Congolais de Belgique : les Flamands doivent savoir qu’ils ont une place au Congo…Quant aux Congolais, je veux les sortir de l’assistanat, les encourager à créer des entreprises, à s’intégrer dans la société belge « par le haut ». C’est dans cet esprit que j’ai présenté des hommes d’affaires africains à Guy Vanhengel… »
C’est le truculent tête de liste VLD à Bruxelles, populaire parmi les francophones également, qui a découvert Jean Boole, interprète auprès des instances d’asile belges et surtout, ancien journaliste du quotidien Salongo à Kinshasa. Vanhengel a convaincu celui qui est aujourd’hui encore correspondant à Bruxelles du quotidien kinois La République, de se lancer dans la bataille, voyant déjà en lui, lors d’une prochaine législature, un ministre bruxellois aussi libéral qu’africain…
Il faut dire qu’en moins de vingt ans, Boole Ekumbaki, un Kinois bon teint, a fait du chemin : c’est en 1993 qu’il est arrivé en Belgique, fuyant une vague de répression déclenchée par le régime mobutiste contre une presse kinoise qui avait pris goût à la liberté d’expression. Installé à Asse, l’ancien reporter a décidé de s’intégrer, au plus vite, en famille. Si l’aîné de ses trois garçons, 21 ans, a été scolarisé en français, les deux autres, aujourd’hui âgés de 19 et 12 ans ont tous deux poursuivi leurs études en néerlandais et sont parfaitement bilingues. Leurs succès scolaires mais aussi sportifs n’ont pas peu contribué à l’intégration de la famille car c’est grâce à eux que l’équipe de foot de leur école est passée en catégorie supérieure !
Sans s’avouer gêné par la politique restrictive menée par Anemie Turtelboom à l’encontre des sans papiers, Boole, diplomate, assure que « c’est de l’intérieur qu’on peut influencer le système.» A Bruxelles, ville cosmopolite, il estime pouvoir défendre un message de tolérance, d’ouverture à la diversité…

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HISTOIRE

DOSSIER

 

THOM1THOM210è ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE THOMAS SANKARA                   

BURKINA FASO A LA CASE DEPART 


Parmi les événements africains qui, au cours de cette année, auront un grand retentissement et une portée internationale, on retiendra le 10è anniversaire de la mort du président Thomas Sankara. Le15 octobre 87, le chef d’Etat burkinbè était assassiné lors  d’un coup d’Etat dirigé par l’actuel président Blaise Compaoré. Pour commémorer la mort tragique de celui qui a été l’espoir d’un continent meurtri par la misère et les guerres, quelques associations ont mis sur pied un important programme. Des manifestations à la mémoire de feu président Sankara se dérouleront en Afrique et un partout dans  le monde et notamment à New York. Au cours de ces festivités, on présentera des  publications déjà réalisées sur l’oeuvre, la vie et les discours du président Sankara. Un nouveau livre qui paraîtra à cette occasion ainsi que le symposium international constitueront les points forts de ces cérémonies.

            Entre-temps, au Burkina Faso, l’heure est plus que jamais à la liquidation de tout ce qui reste du sankarisme. Les symboles de l’Etat sous Sankara disparaissent, histoire de porter ombrage  aux festivités. Mais cet acharnement traduit surtout la volonté d’effacer de la mémoire collective les idées de ce jeune panafricaniste. Ainsi, la devise «  la patrie ou la mort, nous vaincrons » devient « Unité, Progrès et Justice ». Des expressions comme pouvoir populaire ou masses populaires sont bannies. L’Assemblée des députés du peuple ( ADP) devient l’Assemblée Nationale. L’hymne national « Di- taa-niyé, chant de la victoire, du salut n’existe plus...

           En effet, dix ans après, le plus important ne sera  pas tant le faste de ces  cérémonies, mais un regard critique et des leçons à tirer de l’action du président Sankara. Et pour cause ? Rarement dans l’histoire moderne de l’Afrique et jamais auparavant, l’action d’un homme politique n’aura suscité autant d’intérêt. Maintenant, à la faveur du recul et au-delà des passions soulevées alors  par cette mort, il y a lieu à présent  de juger sereinement l’oeuvre de  Sankara.

  Mais au préalable, il  sera  nécessaire de jeter  un bref coup d’oeil rétrospectif sur l’histoire de la Haute-Volta, pour mieux apprécier l’action de ce jeune capitaine. Car l’acte  courageux qu’il accompli le 4 août 83 est, à maints égards, l’antithèse de cette histoire de la honte, de l’exploitation coloniale et néo-coloniale dont les résultats patents ont été et sont encore la pauvreté des masses , l’analphabétisme et l’esclavage de la femme. L’action de Sankara, comme un grand séisme, a secoué fortement  ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, véritable produit de la colonisation française. Raison pour laquelle ce changement porte à juste titre le nom de Révolution burkinabè. Cette action, comme nous allons le voir, a eu un retentissement au-delà des frontières burkinabè.

La politique coloniale française                                  

 

La Haute-Volta est une ancienne colonie française. En 1932, ce pays disparaît de la carte de l’Afrique. Pour des raisons économiques propres à la  France, son territoire  est  partagé entre le Niger, le Mali ( à l’époque le Soudan français) et la Côte-d’Ivoire. Pour le colonisateur, le but poursuivi était de rendre plus facile l’émigration des Voltaïques vers les plantations ivoiriennes ou vers l’Office du Niger au Mali. (1) P. 23 ENGLEBERT. Quinze ans après, c’est-à-dire en 1947, et cette fois pour servir  les intérêts politiques  de la France, le pays est reconstitué par une loi votée par l’Assemblée Nationale le 4 septembre de la même année. En effet, cette décision était motivée par la volonté de Paris de contrecarrer la montée en puissance du Rassemblement Démocratique Africain, en Côte d’Ivoire et ailleurs. C’est le lieu de  rappeler que le R.D.A ( le Rassemblent Démocratique Africain) dont les leaders, à l’époque, s’appelaient entre autres : Houphouët-Boigny, Sé

kou Touré, Léopold Senghor et autres Lamine Gueye, était apparenté au parti communiste français.  Une fois reconstituée, la Haute-Volta restera le pays de la région le plus inféodé à la France. Le 5 août 1960, la Haute-Volta devient indépendant. Malgré tout, la  France continuera sa politique coloniale en lui imposant ses dirigeants. Ainsi, Yaméogo, un valet des Français, devient le premier président. Encouragé par Paris, il engage le pays sur la voie du parti unique. Sa formation UDV-RDA (Union Démocratique Voltaïque), section locale du R.D.A) est transformée en parti unique. Les activités politiques deviennent le monopole du président et de son parti. Très vite, cette dérive est combattue par des associations progressistes naissantes et surtout par les organisations syndicales.  Avant 1960, le pays comptait déjà  trois puissantes centrales syndicales : L’Union Syndicale des Travailleurs Voltaïques (U.S.T.V.), la Confédération Africaine des Travailleurs  Croyants (C.T.T.C.) et l’Union Nationale des Syndicats des Travailleurs  de Haute-Volta (U.N.S.T.V.). Aussi,  Yaméogo, dans sa politique de répression, trouvera sur son chemin la résistance farouche des syndicats. D’ailleurs, le coup d’Etat du 3 janvier 1966 qui l’a déposé, n’aurait pas eu lieu sans l’appui efficace des organisations syndicales. Dès lors, les syndicats joueront un rôle de premier plan dans les différents changements intervenus depuis dans ce pays. C’est justement en  cette matière  que le Burkina bat tous les records au niveau africain : au total six coups d’Etat depuis l’indépendance.


            

  Tableau apocalyptique

 

Que signifie ce record des changements ?  C’est tout simplement l’expression des luttes des populations asservies par les différents régimes qui se sont succédé jusqu’au 4 août 83. Le peuple, soutenu par des syndicats et des organisations progressistes, était en lutte permanente contre les dirigeants qui, une fois portés au pouvoir, faisaient le jeu des classes dirigeantes et de l’Extérieur. Pour preuve, en 1978, une déclaration des organisations syndicales mettait en garde les travailleurs contre les ennemis du peuple en ces termes : « ... les partis politiques actuels... sollicitent leurs suffrages en vue de mieux organiser leur exploitation de concert avec l’extérieur ». (2)  Des partis politiques qui venaient d’être reconnus surtout sous le général Sangoulé Lamizana passaient le plus clair de leur temps à  se disputer le pouvoir au lieu de s’atteler au redressement du pays. En 1982, le colonel Saye Zerbo arrive au pouvoir. Et la fascisation de la société voltaïque commence. Cette situation est  l’oeuvre  du CMPRN (Comité militaire de redressement pour le progrès national).Les chefs de cette institution choisissent des méthodes musclées pour mâter les aspirations de la  population à l’éducation, au travail et à la démocratie. Pendant cette période, il est une chose qui frappait les esprits : c’est la radicalisation des positions syndicales et la naissance des partis communistes tels  l’Union de Lutte Communiste (ULC) et le  Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PC-RV). Ce  tableau combien apocalyptique de la Haute-Volta avant et après l’indépendance présage un grand bouleversement.

   

Marche vers la révolution


Un tel  contexte socio-politique et une telle crise généralisée de la société engluée dans des structures économiques obsolètes  ne pouvaient être endigués par des coups d’Etat à répétition. Du reste, les objectifs de ces actions militaires n’avaient rien avoir avec le démantèlement de ces structures  héritées de la colonisation. Plus que jamais, la nécessité d’un changement  radical se profilait à l’horizon. D’où la Révolution du 4 août 83 dirigée par le capitaine Sankara.

Le 7 novembre 1982, le médecin commandant Jean Baptiste Ouedraogo renverse  le colonel Saye Zerbo. La Suite de cet événement va constituer la causes lointaine de cette révolution. En ce moment, le pouvoir utilise un discours révolutionnaire et se teinte d’un nationalisme éclairé .  Le nouveau pouvoir, le CSP(Conseil de Salut du Peuple) est bien accueilli. Il met en avant la justice sociale et garantit la liberté de presse, la liberté d’expression, etc. Au sein de l’armée, institution néo-coloniale, on voit l’émergence des jeunes militaires progressistes. Parmi eux jeu, on compte le capitaine Thomas Sankara, le commandant Jean Baptiste Boukary Lingani, le capitaine Henri Zongo et le capitaine Blaise Compaoré. Cette élite représente l’aile progressiste du CSP. Mais des affrontements ne tarderont pas à se produire entre la gauche et la droite au sein  du nouveau pouvoir.  Une crise interne s’installe. Pour la résourdre, Jean Baptiste Ouedraogo, en bon stratège,  nomme Sankara au poste de Premier ministre, le 11 janvier 83. Avec cette nomination, l’aile progressiste prend conscience de sa force et en profite pour prendre des mesures populaires. Sur le plan extérieur, le Premier ministre  montre sa sympathie à l’égard des pays comme le Ghana de Jery Rawlings, l’Angola, la Libye. La visite du Colonel Khadafi, à Ouagadougou, le 30 avril agace le président et sans doute, Paris. Désormais, il est question d’affaiblir le bouillant Premier ministre. Cette fois-ci, Ouedraogo s’appuiera sur l’aile droite du CSP.La France qui voit d’un mauvais oeil cette diplomatie entre dans la danse. Paris, en effet, conseille à Ouedraogo d’évincer Sankara. Le 17 mai 83,  Sankara est démis de ses fonctions et est arrêté par la suite. Faut-il rappeler qu’à la veille de cette éviction, Guy Penne, conseiller spécial de Mitterrand, était arrivé à Ouagadougou. Le but déclaré de ce  voyage concernait le départ de Sankara. Selon les indiscrétions de la presse, Guy Penne aurait déclaré au cours d’un cocktail, à Paris, qu’il irait « dégommer le Premier ministre Burkinabè ». (3)

Le limogeage de Sankara et de ses amis le 17 mai 83 déclenche un vaste mouvement de résistance populaire. Les organisations de gauche et les syndicats appellent à des actions contre Ouedraogo. L’armée déjà politisée suit le mot d’ordre du peuple. Au bout de quelques jours le pays se trouve en état de guerre civile. Ainsi Ouedraogo  sous la pression populaire est obligé de libérer Sankara. C’est cela  qui lui a permis d’organiser le renversement de Ouedraogo.En effet, le  4 août1983, l’armée prend le pouvoir et Sankara est proclamé chef d’Etat.


Oeuvre de Sankara

 

L’oeuvre de Sankara trouve sa justification dans cette histoire et dans la gestion chaotique du pays comme on vient de le voir. Aujourd’hui, dix ans après, quelle a été la portée  de l’oeuvre de Sankara ? Quelles sont les leçons à en tirer au moment où l’Afrique est traversée par des crises de toutes sortes ? Le nationalisme, l’indépendance, l’intégrité et la moralité dans la gestion de la chose publique, la lutte contre le néo-colonialisme et enfin la libération de la femme, telles étaient les principales idées du sankarisme. Ces idées-là ne sont pas l’apanage des révolutions classiques. C’est ce qui explique la difficulté des progressistes en Occident à définir la Révolution burkinabè. Situation qui les a conduits à juger Sankara à l’aune du marxisme tel qu’il a été appliqué dans des conditions particulières soit en ex-URSS; soit en Chine. Evidemment, Sankara puise dans le marxisme ses idées, notamment en faisant l’analyse des classes. Mais, il se situe plutôt au niveau du marxisme d’Amady Aly Dieng, lequel sait se détacher du dogmatisme. (4) D’ailleurs, dans son premier discours d’orientation politique, le 2 octobre 83, Sankara disait : «les révolutions qui surviennent de par le monde ne se ressemblent point. Chaque révolution apporte son originalité qui la distingue des autres. Notre Révolution, la Révolution d’août, n’échappe pas à cette constatation. Elle tient compte des particularités de notre pays ». La révolution burkinabè est une révolution originale, propre à la situation burkinabè afin d’apporter des solutions à la misère. Quand Sankara arrivait au pouvoir, le pays était la lanterne rouge de toutes les statistiques au plan international, car La Haute-Volta faisait partie des cinq Etats les plus pauvres du monde : revenus annuels de 110 $ par tête d’habitant, taux d’analphabétisme de 92%, mortalité infantile de 167°/°°.  L’écrasante majorité de la population vivait du secteur agricole, qui fournit 95% des exportations.

Concrétisation


Dans la pratique, cette lutte s’est appliquée de manière concrète. Raison pour la quelle le Burkina faso a été transformé en un vaste chantier social. « Les Comités de Défense de La Révolution (CDR) ont amené la société voltaïque à faire surgir toutes ses contradictions à la surface, et à mettre à l’ordre du jour la possibilité d’entamer la résolution progressive des problèmes économiques, sociaux et culturels. Voilà ce que déclarait déjà Afrique-Asie, à l’occasion du premier anniversaire de la Révolution burkinabè ». N° 327/30 juillet-12 août 84. Sur le plan intérieur, Sankara a inculqué aux Burkinabè le sens et la valeur du travail et de la justice. Il a lutté comme jamais auparavant contre l’analphabétisme.(5) Ce programme a permis aux Burkinabè de faire reculer l’exploitation de leur force de travail. La création du pouvoir populaire a contribué à l’apprentissage de la démocratie à la base. Ce pouvoir a mis fin à l’obscurantisme. A ce propos, Pierre Englebert fait ce commentaire au sujet de l’option paysanne de Sankara : « un programme qui s’étend sur dix ans devait donc permettre aux paysans d’acquérir les connaissances nécessaires pour identifier leurs besoins, apprécier les décisions qui les concernent, échapper à la crédulité et aux explications mystificatrices, comme par exemple ne plus croire que la sécheresse est due  au renversement du président Yaméogo ». (6) En outre, l’impôt de captation prélevé sur les maigres revenus de la population par les chefs traditionnels a été supprimé. Sur le plan social, on notera la fin de la marginalisation de la femme. Celle-ci a retrouvé la parole et sa place dans la société. La nouvelle société burkinabè associera désormais la femme à tous les niveaux de l’organisation de la nation. Liant la parole à l’acte, Sankara  a pris des mesures concrètes sur la délinquance, la prostitution, le code de la famille, la protection infantile et maternelle. Son dernier gouvernement comptait 5 femmes. Enfin,  Sankara n’a ménagé aucun effort pour combattre la corruption et la gabegie. A cet effet, Les tribunaux populaires de la révolution avaient une double tâche, à savoir la moralisation en matière de justice et de l’éducation. Prêchant par l’exemple, il ne s’est pas enrichi comme les autres dirigeants au détriment de son peuple, ce qui lui a valu l’estime de la jeunesse africaine.

Par contre, à présent,  le Burkina Faso,  a pris l’option du libéralisme à outrance. Depuis 1991, le pays a signé avec le Fonds monétaire international (FMI) le plan d’ajustement structurel. A ce propos, ... « les dépenses d’investissements ont été financées dans leur quasi-totalité par des concours extérieurs. Plus inquiétants, ces derniers se réduisent d’année en année.», (voir Burkina, le pari libéral, dossier Jeune Afrique, n°1887/du 5 au 11 mars 1997). Au Burkina Faso, on privatise tout. « ... Sur le plan commercial, la plupart des contrôles ont été levés.» A l’allure où vont les choses, il y a, en tout cas, lieu de craindre que des pans entiers de l’économie soient laissés entre les mains de la maffia. était plutôt mis sur la lutte contre la domination extérieure par le Du temps de Sankara, a mis l’accent a misbiais des institutions financières internationales.

La révolution burkinabè a dérangé beaucoup. Les dirigeants  pays voisins ont été les premiers à se plaindre du bouillant capitaine, cet empêcheur de tourner en rond. Au sein de la CEAO ( Communauté économique de l’Afrique occidentale), la tension est perceptible. On l’a vu dans la gestion de l’affaire Diawara. Thomas Sankara qui, au nom du respect de la justice, a voulu aller jusqu’au bout au point de froisser le Vieux Houphouët-Boigny, protecteur du fonctionnaire. Le propre d’une révolution est de se répandre, celle de Burkina Faso n’a pas fait  exception. Dans un discours prononcé le 13 septembre, Sankara a dit : « ...Les autres peuples qui sont à notre frontière sont eux aussi des peuples qui ont besoin de révolution. Je ne parle bien entendu pas du cas du Ghana, mais je veux parler du Mali ». (7) C’est ainsi que beaucoup d’observateurs attribuent à cette déclaration  la cause de la guerre de Noël qui a opposé  le Mali au Burkina Faso, en 1985.  Sankara  fut panafricaniste dans la lignée de Kwame N’krumah, Patrice E. Lumumba et Frantz Fanon. A ce titre, prêchant l’unité Africaine., en substance, il disait : «  Je crois en l’unité africaine, et je crois qu’elle se fera en fonction de ce que les peuples voudront (...) l’unité au sommet, entre quelques dirigeants, ne suffira pas ».(8) Mais de tous ces panafricanistes, Fanon est celui qui aura  le plus inspiré Sankara. Le révolutionnaire burkinabè s’est inspiré du dévouement du psychiatre martiniquais qui s’est donné corps et âme à la révolution algérienne autant  dans ses écrits et déclarations que dans ses actes.

            La  richesse de l’oeuvre de Sankara est incontestable. Mais l’adversité ne lui a pas donné l’occasion d’achever sa Révolution. Il n’a disposé que de quatre ans pour concrétiser un programme aussi ambitieux qu’original: c’était évidemment  trop court. Bien sûr, Sankara lui-même porte une part de responsabilité dans les événements du 15 octobre 87.  Il n’a pas su à temps unifier toutes les forces démocratiques, en vue de la mise en place d’un parti d’avant-garde, seul instrument pouvant centraliser et mener à bien les tâches révolutionnaires. Il a commis la même erreur que Daniel Ortega au Nicaragua qui n’a su pas démanteler les structures féodales qui étaient encore détenues par de grands propriétaires. Néanmoins, ces critiques ne peuvent minimiser ou reléguer au second plan le rôle combien important joué par l’impérialisme français. Pour les intérêts de Paris dans la région, Sankara  était  un mauvais exemple. Ce qui s’est passé le 15 octobre 87 ressemble au complot qui a abouti à la mort de Lumumba. Accusé d’être un agent communiste, Patrice Lumumba  a été éliminé physiquement  par une conspiration locale à la solde de la CIA et à la tête de laquelle était placé  Mobutu. 

            Au moment, où l’on commémore le 10è anniversaire de Sankara, le Burkina Faso ressemble à un chantier inachevé. Toutes les pistes économiques et démocratiques ouvertes par Sankara devraient être poursuivies.

Le nouveau pouvoir s’illustre par la liquidation des acquis de la révolution. Cette entreprise a commencé par la rectification qui n’en était pas une.

Quoi qu’il en soit, Sankara laisse à l’Afrique un capital d’idées, des outils d’analyses et un guide d’actions inestimable.


                        Dossier réalisé par Jean BOOLE, et Maurice GLIGLI.

 

Références Bibliographiques : (1) ENGLEBERT ( Pierre), la Révolution burkinabè, Point de vue/ L’Harmattan, 1986, p. 25.

(2) BABOU (Paulin Bamouni), Burkina Faso, Processus de la Révolution, Point de vue/ L’Harmattan, 1986, p. 57.

(3) BABOU, id. p. 75 

(4)Voir Afrique Nouvelle, n° 1916 - 9 avril 1986 Philosophie et marxisme en Afrique, p. 22.       

(5) « Kalento », ( Togo) Revue Octobre/96).

(6) ENLEBERT,op. cit. p. 166

(7) Thomas Sankara, « OSER INVENTER L’AVENIR », Pathfinder & L’harmattan, la parole de sankara (1983-1987). PathfinderPress, 1988

(8) « Genève-Afrique », Vol. XXV - N° -  2- 1987, p. 118

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LIVRE

Marcus Garvey Père de l’unité africaine des peuples

L’auteur : TETE Godwin Têtêvi Adjalogo. Il est né au Dahomey (Bénin) en 1928 de parents Togolais. Etudes à Lomé, Paris et Prague. Fonctionnaire International des Nations durant vingt et un ans. Il a été membre du HCR Haut Conseil de la République pendant le court laps de temps de la démocratie togolaise (1991-1992)

 

 

MARCUS GARVEY SUR LA SCENE AFRICAINE

De nombreux Africains francophones ont beaucoup de chances d’ignorer Marcus Garvey et son œuvre. Car la plupart des ouvrages consacrés à ces grands panafricanistes sont écrits en anglais. Avec « Marcus Garvey, Père de l’unité Africaine des peuples » écrit en deux tomes par TETE Godwin Têtêvi Adjalogo, la lacune vient d’être comblée ; l’injustice vient également d’être réparée. Le tome 1 de ce livre renferme en quelques 336 pages et de façon remarquable, l’histoire de l’esclavagisme et de la naissance du panafricanisme.

Mais la vie et l’œuvre de Marcus Garvey à travers ces deux aspects se trouvent être la trame du livre. Pour l’auteur, le déclic est parti du centenaire de Marcus Garvey : « En 1987, à l’occasion du centenaire de la naissance de Marcus Garvey, nous avons pris sur nous de rédiger sur sa vie, son action et les leçons à en tirer, une sorte de mémoire.... (Page 7) »
Avec profondeur et lucidité, ce livre brosse l’œuvre et les enseignements de Marcus Garvey en vue de la continuité de la lutte pour l’émancipation des peuples Noirs.

Comme Moïse, Marcus Garvey, n’a pas foulé le sol Africain et il est mort à Londres en pleine solitude et dans un état complet de dénuement (page 328).
Quelle ingratitude ? N’est elle pas là, l’une des principales leçons pour les Africains ?
Car l’Afrique aujourd’hui abandonnée, ravagée par des catastrophes et des guerres ressemble à la vie d’un de ses meilleurs fils. Né le 17 août 1887 en Jamaïque, c’est-à-dire au moment l’esclavage était déjà aboli mais les conditions de la majorité des Noirs demeuraient précaires. « Etant noir, ayant fait mes classes, comme la plupart des gens de ma race, à l’académie de la misère, j’ai toujours désiré de toute mon âme travailler au progrès de ma race » (page 20). Cette prise de conscience politique fut enrichie par de nombreux voyages qu’il effectua en Amérique Centrale où les conditions des noirs sont pareilles.

Ainsi son œuvre, disons le garveyisme est né de la misère, de la déportation et de la dispersion outre -atlantique des Noirs.Pour ces raisons, la pensée et l’action de Marcus Garvey sont : un nationalisme et une doctrine panafricaine (race first, la race d’abord ; une association de masse UNIA- parlement africain- ; des entreprises, des activités journalistiques, maritimes, commerciales et artisanales (armée de l’UNIA, retour en Afrique).
Aujourd’hui où se manifeste un regain d’intérêt sur le panafricanisme, à l’œuvre du Docteur Kwa me N’Krumah, le travail de Marcus Garvey revient sur la scène d’actualité.
L’Unité de l’Afrique comme moyen de sortir le continent de la misère, une combinaison d’efforts entre tous les Africains est plus que jamais impérieuse.

Le livre de TETE Godwin Têtêvi Adjalogo en dépit de la rigueur scientifique et de souci de vérité fortement présent ne vise pas moins l’émotion, le sentiment ; parlant avec compassion des ennuis de santé de Marcus Garvey, l’auteur achève ce premier tome comme suit : « Ainsi s’est éteint ce prodigieux flambeau Africain. Ainsi s’en est allé, pour de bon, cet immortel et digne Fils de notre Africa Mater.L’Afrique ne demeurera pas éternellement ingrate à l’endroit de Marcvuis Mosiah Auréluis Garvey ».

Jean BOOLE (journaliste Congolais) et Mouta Wakilou Maurice GLIGLI
(Extrait du journal Kanlento N°004 octobre 1995)

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